FAQ

Les engins passifs

Ces sont les filets, les lignes et les pièges ou nasses.

Les filets : ils sont de différentes formes, de différentes structures en fonction des usages qui en sont faits. 

Qu’ils soient calés ou dérivants, les filets maillants ou les filets trémail, constituent un obstacle qui piège le poisson au moment de son passage. La taille des mailles peut être réglementée et sélectionne ainsi les plus gros individus, laissant les plus petits s’échapper. 

La sélectivité des filets repose à la fois sur le comportement de l’espèce ciblée et sur la connaissance du milieu par les pêcheurs. Un filet bien posé, au bon endroit, au bon moment peut être très sélectif. A l’inverse, un filet peut s’avérer un piège inutile mais dommageable pour l’écosystème si son utilisation est mal optimisée, pêchant aussi bien des crustacés des poissons, des tortues ou des cétacés.

Les lignes : Palangre ou pêche à la canne. Ces techniques, utilisées sur le thon, le saumon, le bar ont impact essentiellement dans le cas des palangres de grande taille qui capturent d’autres espèces que celles ciblées et notamment des oiseaux marins (cas de la pêche à la Ligne en Antarctique par ex.).

Les nasses ou les casiers sont de formes et de tailles très différentes selon l’espèce ciblée. Posés sur le fond par des caseyeurs, ils sont en général peu impactants et permettent même de sélectionner, au moment de la remontée à bord, les individus commercialement les plus intéressants et de relâcher les autres vivants, ce qui n’est pas ou peu le cas avec les autres techniques de pêche citées précédemment. 

Pour tous les engins passifs, la perte ou l’abandon en mer de filets, de lignes ou de casiers ou nasses qui « continuent à pêcher » peuvent constituer une menace sur le moyen et le long terme. 

Enfin, il est à noter que selon la technique de pêche utilisée, la consommation d’énergie du bateau peut considérablement varier. Ce sera, à  l’évidence une donnée importante à  l’heure de l’augmentation du prix du baril de pétrole et de l’instauration des taxes carbone. De ce point de vue, sans même évoquer l’impact sur certains milieux fragiles, les chalutiers, très consommateurs de gasoil, seront très rapidement face à une difficile équation à  résoudre entre valeur et volume pêché, prix du gasoil et taxe carbone et trouver le seuil de rentabilité dans le respect des exigences du développement durable.

Les engins actifs

Les chaluts : 

  • les chaluts (filet en forme de « chaussette ») de fonds sont tractés sur le fond ou très proche de celui-ci et capturent les espèces vivant sur ou à proximité de celui-ci. C’est le cas du cabillaud, du merlan, des poissons plats, des crevettes et des langoustines.
  • Les chaluts pélagiques (tirés en pleine eau) capturent les espèces qui vivent dans la masse d’eau comme les maquereaux, les thons, les harengs, les anchois, les sardines ou les bars…

Les dragues : 

Basées sur le même principe que les chaluts de fond, les dragues sont véritablement posées et tirées sur le fond et le ratissent pour pêcher, notamment des mollusques : coquilles Saint-Jacques, huîtres, palourdes ou praires. Les chaluts et les dragues ont deux types d’impact sur l’environnement : 

  • 1. Sur les fonds marins, pour les chaluts de fonds et de dragues. Selon la nature des fonds marins ces impacts peuvent être plus ou moins importants et entrainer la détérioration du milieu, la destruction de certains habitats et la pêche d’organismes marins non exploités tels que les alevins, les coraux ou des algues.
  • 2. Sur les espèces capturées. Le chalut n’est pas toujours utilisé de manière très sélective. Il peut capturer des individus « non ciblés » au départ (individus de petite taille ou individus d’autres espèces).


Des efforts importants ont été entrepris pour diminuer l’impact de certains chaluts, en évitant au mieux les fonds marins (rouleaux de corde de ventre qui roulent sur le fond) et en améliorant la « sélectivité » (taille des mailles, grilles sélectives, panneaux) ce qui permet de diminuer significativement le nombre d’organismes prélevés (espèces et tailles) qui ne devraient pas l’être. C’est le cas de la pêcherie française de langoustine du Golfe de Gascogne par exemple.

Néanmoins, la pêche au chalut sur des grands fonds se déroule sur des écosystèmes très fragiles (coraux profonds) et espèces à cycle lent et à  maturité sexuelle tardive (empereurs, sabres ou grenadiers). Ses impacts sur les écosystèmes (à l’exception de fonds zones sablo-vaseux), et les ressources restent si préoccupants sur le moyen et le long terme que les Nations Unies ont demandé à  tous les Etats pratiquant cette pêche de l’interrompre fin 2008 s’ils n’étaient pas en mesure d’en démontrer le caractère durable. Une mission sur la durabilité des pêches profondes a été diligentée par le gouvernement français et devrait rendre ses conclusions en début 2010. 

Enfin, dans le cas des gros chaluts pélagiques, même si les captures accessoires semblent peu fréquentes, des prises accidentelles de cétacés ont été rapportées. Une durée excessive de chalutage provoque en outre l’écrasement des poissons dans le fond de la poche du chalut ce qui, dans le meilleur des cas, en diminue drastiquement la valeur commerciale.

Les filets tournants : le principe de ces engins est d’abord d’entourer le banc de poisson d’un filet avant d’en rapprocher les deux pans vers le navire (senne tournante) et en fermant le fond du filet en même temps (senne tournante coulissante – Bolinche ou Lamparo).

Cette technique de pêche provoque parfois la prise accessoire d’individus de petite taille mais des espèces ciblées ainsi que de petits cétacés. Les techniques évoluant, ces prises accessoires sont de plus en plus relâchées vivantes.

Qu’est ce que des engins de pêche ?

A part la pêche au fusil harpon, aucune pêche ne peut être sélective à 100%. La question posée est de savoir quelles sont la nature et l’ampleur des impacts provoqués par certaines formes de pêche et éventuellement, ce qui est fait pour améliorer les techniques, pour en diminuer les effets collatéraux négatifs sur les organismes marins et leur environnement. L’homme a mis au point différents engins qui lui permettent de prélever des produits de la mer, soit sur le fond, soit à  proximité de celui-ci, soit en pleine eau. On distingue deux grands types d’engins de pêche. Les engins dits « actifs » et ceux dits « passifs ».

Et pour les poissons sauvages ?

Plusieurs “écolabels” existent. Seuls certains d’entre eux sont conformes aux règles de pêche responsable édictées par la FAO. Il s’agit du: – MSC : Marine Stewardship Council, – BIM-SSS : Board Iaseaigh Mhara-€“ Seafood Stewardship Standard (Ireland), – MEL Japan : Marine Ecolabel Japan, et – ECOCREST : Fondazione Acquario di Genova Onlus. Ils sont encore peu présents sur les étals et se trouvent essentiellement sur des produits congelés, en semi-conserve ou conserve. En l’absence d’autres recommandations, ces écolabels sont un moyen efficace de faire le bon choix.

Et s’il n’y a que des poissons d’aquaculture, comment choisir ?

Idéalement, il vaut mieux choisir du poisson sauvage pêché durablement mais si le choix doit se porter sur un poisson ou des crevettes d’élevage alors autant s’assurer que ceux-ci le sont correctement en recherchant des produits labellisés : Agriculture Biologique (AB) en France par ex.

Pourquoi n’élève-t-on pas des alevins pour réensemencer la mer ou des poissons pour nourrir les poissons d’élevage ?

En ce qui concerne la première question plusieurs tentatives, toutes plus séduisantes les unes que les autres ont été engagées. Impossible d’en mesurer le résultat d’autant plus qu’il y a fort à parier que de jeunes larves ou alevins de poissons relargués dans la nature ne subissent le même sort que ceux nés naturellement, à savoir être consommés ou disparaître dans 99% des cas. La seule tentative vraiment intéressante est celle dite du « sea ranching » qui permettait de relâcher en mer de jeunes saumons qui, après un long périple en plein océan, revenaient dans leur rivière d’origine. Mais les jeunes saumons en question ne sont plus vraiment des alevins mais de jeunes poissons (smolts) qu’il coute très cher d’amener à ce stade et le pourcentage de retour n’est à l’évidence pas suffisant pour garantir la rentabilité (ou la compétitivité) de ce type d’élevage par rapport à d’autres plus intensifs et plus maîtrisés sur l’ensemble du cycle. Quant à l’élevage de poissons pour nourrir d’autres poissons, c’est à la fois compliqué mais c’est surtout une aberration sur le plan de l’utilisation des ressources et c’est bien là tout le problème de l’aquaculture d’espèces carnivores : nos ancêtres se sont bien gardés d’élever des loups, des tigres ou des lions parce que s’ils l’avaient fait ils auraient du élever ou capturer, des oiseaux, des lapins, des antilopes etc. pour les nourrir. Ils se sont contentés, très intelligemment, d’élever des herbivores (des moutons, des chèvres, des vaches, des lapins…) pour disposer de protéines animales. Or en aquaculture, nous élevons des loups, des tigres et des lions ! C’est une absurdité et un contresens historique lorsque l’on connaît les difficultés que l’humanité a et aura de plus en plus à se nourrir.

Dans le cas du thon rouge, on ne crée pas de “nouvelles bouches à nourrir” puisque les poissons élevés en cage sont capturés dans le milieu naturel.

C’est exact mais dans le cas du thon rouge les conséquences de ce type d’élevage sont au moins aussi problématiques que celles engendrées par les autres espèces carnivores. Le thon est en effet grossi en cage pour en faire un poisson ‘ hyper-gras ‘ très prisé par le consommateur japonais. Pour l’engraisser on le nourrit massivement, on le ‘ gave ‘ en quelque sorte : jusqu’ à 15 kg de poisson sauvage pour faire prendre 1 kg, 1 seul kg à un thon en cage ! Cela pose nombre de problèmes mais le principal est que des espèces comme les chinchards, les sardines, les anchois ou les maquereaux, consommés notamment par des pays à très faible pouvoir d’achat, ont vu leur cours s’envoler. En engraissant le thon rouge pour un marché de luxe, on prive ainsi nombre de populations d’une source essentielle de protéines voire vitale pour leur alimentation. Dans un monde qui comptera 9 milliards d’individus en 2050 est-ce encore possible que ce ne soit pas compatible avec le concept de pêche responsable des Nations Unies ? En outre, les élevages de poissons rejettent beaucoup de matière organique dans le milieu marin. Plus les poissons consomment et plus ils rejettent. C’est un problème non négligeable, notamment pour les élevages de thon dont certains projets n’ont pas vu le jour pour cause de pollution excessive du milieu marin.

Autrement dit, le développement de l’aquaculture d’espèces carnivores est étroitement lié à l’état des ressources naturelles ?

Oui et c’est pour cela que le raisonnement qui consiste à  dire : si les ressources de pêche s’effondrent, il y aura toujours l’aquaculture est faux mais surtout dangereux. Et quand bien même ces ressources resteraient à leur niveau actuel, rien ne serait résolu. Nous pêchons environ 110 millions de tonnes par an dont 20 sont rejetées par dessus bord et 90 ramenées à  quai. Un peu plus de 50 sont consommées directement par l’homme, et 30 environ le sont indirectement en nourrissant des élevages de volailles, de porcs ou de poissons. Si nous voulions produire demain 20 millions de tonnes de poissons carnivores en élevage, il nous faudrait engloutir – dans le meilleur des cas – la totalité des produits de la mer pêchés et consommés directement dans le monde, soit 50 millions de tonnes (et jusqu’à  80 millions tonnes dans le cas d’élevages moins performants). Une perte énorme mais surtout un non sens tant que les techniques d’élevage sont ce qu’elles sont aujourd’hui. Néanmoins, des pistes sont explorées aujourd’hui : l’objectif zéro rejet par la pêche affiché par la commission européenne supposera d’améliorer encore la sélectivité des engins et de toute façon de ramener à quai les poissons aujourd’hui rejetés. Avec les ratios techniques actuels, ces chiffres permettent d’envisager une production mondiale située entre 10 et 20 millions de tonnes annuelles de poissons carnivores en aquaculture. Cela demandera cependant une gouvernance mondiale et un sens des responsabilités accrus de la part des Etats et des professionnels, pour leur propre survie économique. Le tryptique de la durabilité: environnement-économie-société est dans ce cas de figure plus que jamais d’actualité.

Peut-on remplacer les farines de poissons par des farines végétales ?

Oui et non. C’est déjà le cas dans tous les élevages d’espèces carnivores où l’alimentation (distribuée sous forme de granulés), est composée au moins de 50% de végétaux (tourteaux de soja et autres protéines végétales, gluten de blé, pis protéagineux, gluten de mais,…). Les recherches actuelles poussent même ce pourcentage jusqu’à 80 voire 85% dans certains cas. C’est un choix. Accepte-t-on que des espèces exclusivement carnivores dans la nature, deviennent partiellement ou totalement végétariennes ? C’est en partie au législateur de répondre. Mais il n’en reste pas moins indispensable de garder au poisson d’élevage, même partiellement, les qualités nutritionnelles du poisson sauvage. Il faut donc impérativement lui fournir des acides gras « polyinsaturés » connus sous le nom de « Oméga 3 » que l’on trouve principalement… dans les poissons sauvages. Les Oméga 3 sont aussi présents dans les algues mais leur coût d’extraction est encore important. Quoi qu’il en soit, il faut garder à l’esprit que l’on sera toujours, à un moment donné ou à un autre, limité par la quantité que peut fournir la nature.

En limitant la quantité de poissons d’élevage produits on devrait pouvoir limiter ce problème.

Oui, et il y fort à parier qu’une aquaculture d’espèces carnivores perdure, mais elle n’a pas vocation à nourrir toute la planète. Et ce n’est pas tout : les poissons sauvages, qui servent de nourriture aux élevages (également appelés poissons « fourrages »), sont à la base de la chaine alimentaire dans les océans. Ce sont des anchois, sardines ou capelans qui nourrissent des poissons plus gros qu’eux (les maquereaux par exemple) qui sont eux mêmes mangés par les thons mais aussi par des oiseaux, des otaries, des phoques, des requins, des dauphins, des baleines et des hommes qui vivent localement. La disparition de ces stocks de poissons « fourrages » c’est l’effondrement assuré de la base de l’ensemble de la chaine alimentaire et des écosystèmes marins dont l’homme fait partie intégrante. En outre, les espèces élevées (dont le régime alimentaire est très varié dans le milieu naturel) sont toujours nourries avec les mêmes espèces de poissons ce qui accroît considérablement la pression sur certains stocks et impose à minima aux professionnels qui les exploitent de bien contrôler les stocks concernés sous peine de les voir s’effondrer, et leur activité en même temps. En gérant les stocks de poissons fourrage comme on peut gérer une forêt, on peut garantir la pérennité de la ressource pour toute la pyramide alimentaire. Mais il est vrai que nous vivons sur une planète aux ressources limitées et que l’expansion humaine devra aussi trouver ses limites. Ceci étant dit, l’Organisation des Nations Unies pour l’Agriculture et l’Alimentation (FAO) souligne le problème éthique que pose l’utilisation de poissons fourrage à des fins d’élevage alors qu’ils pourraient être directement consommés par des populations n’ayant que peu de ressources en protéines animale et en aucun cas les moyens d’acheter des poissons carnivores issus de l’élevage.

Dans la mer les poissons sauvages mangent au moins autant que les poissons d’élevage pour se nourrir et grossir ? Pourquoi est-ce un problème alors ?

C’est une remarque très juste mais qui oublie ce qu’est l’aquaculture moderne. Oui un poisson sauvage mange au moins autant qu’un poisson d’élevage et même probablement plus parce qu’il faut qu’il chasse, et donc qu’il dépense de l’énergie pour attraper ses proies. Mais la grande différence que l’élevage introduit, c’est qu’il permet à des milliards de poissons de vivre alors qu’ils n’auraient jamais survécu dans la nature. Ce sont donc des milliards de bouches supplémentaires qu’il faut alimenter et qui viennent en surplus, en sur-demande en quelque sorte par rapport à ce que la nature peut fournir. Il ne faut pas oublier que les poissons pondent des dizaines de milliers, souvent des centaines de milliers, parfois des millions d’œufs par cycle de reproduction. La plupart de ces œufs ne seront même jamais fécondés et sur ceux qui le seront, quelques uns seulement 4, 5 6 ou 10 arriveront à l’âge adulte. La recherche permet aujourd’hui à presque 100% des œufs d’être fécondés et à un pourcentage très élevé de jeunes alevins d’arriver à taille adulte mais qu’il faut bien nourrir et c’est là que le problème se pose.

Pourquoi ?

Pour produire 1 kg de poisson carnivore en élevage il faut lui donner à manger environ 2,5 kg de poissons sauvages dans les élevages performants, plus souvent 4 kg et jusqu’à 14kg pour faire grossir un thon rouge. C’est un problème majeur compte tenu du fait que les quantités disponibles de poissons sauvages sont très limitées. Du coup ce type d’aquaculture risque de ne pas résoudre le problème de la surpêche, mais au contraire de l’accélérer. Par conséquent, si nous voulons augmenter sensiblement les quantités de poissons carnivores produits par l’aquaculture, il faudra utiliser intelligemment les ressources de protéines animales dont nous disposons: farines de poissons fabriquées à  partir de stocks gérés strictement sous quotas, utilisation de tous les rebuts de filetage des poissons destinés à  la consommation humaine, valorisation des rejets de la pêche dans les formules d’aliments piscicoles. Tous ces produits animaux peuvent être très bien valorisés par l’aquaculture. Par ailleurs, le recours aux protéines végétales est une solution complémentaire.

L’aquaculture peut-elle remplacer la pêche ?

Pour répondre à cette question, il faut préciser de quelle aquaculture nous parlons. L’élevage ou la culture d’huîtres ou de moules (conchyliculture) c’est de l’aquaculture. Elle est remarquablement intelligente puisqu’elle utilise la production naturelle d’algues microscopiques pour nourrir et faire grossir des coquillages. L’élevage de poissons tels que la Carpe à partir d’algues ou d’autres végétaux est également une solution durable si les conditions environnementales et sanitaires sont bien contrôlées. La production piscicole mondiale concerne d’ailleurs essentiellement ce type de poissons. L’aquaculture qui pose problème aujourd’hui est celle des espèces de poissons ou crustacés carnivores. Ce sont ces espèces que nous consommons beaucoup en Europe occidentale. Ce sont les bars, les daurades, les turbots, les esturgeons, les saumons et les truites, sans parler du thon rouge qui posent des problèmes très particuliers et exacerbés.

Il parait qu’il existe de grandes quantités de krill, pourquoi ne pas s’en nourrir ?

L’intérêt nutritionnel du Krill est très discutable mais ce n’est pas le fond du problème. Exploiter le krill, c’est exploiter la base de toute la chaine alimentaire dans les océans et c’est donc mettre en péril tous les écosystèmes marins qui en dépendent, pas seulement les baleines, mais aussi les petits poissons, qui sont mangés par les plus gros ou par les oiseaux, les otaries, les dauphins et les hommes bien entendu. Les projets d’exploitation du krill font donc peser une menace importante sur les grands équilibres de la vie dans les océans et sur notre propre alimentation à terme.

Est-ce qu’il y aura toujours des poissons dans la mer ?

Oui, sans doute. Mais la question est de savoir quels poissons, quelles quantités de poissons et de quelle taille. Si l’on continue à surpêcher les individus n’auront plus le temps de se reproduire. C’est ce qui peut expliquer l’effondrement de certains stocks actuellement. Mais le réel danger vient sans doute de la modification des équilibres naturels qui sont induits par la surpéche. La disparition des ‘ grands poissons ‘ laisse la place à d’autres espèces qui deviennent les prédateurs à leur tour. La proie d’autrefois est devenue prédateur de son prédateur d’hier avant qu”il ne puisse grandir. La base de la population est cisaillée par ce nouveau prédateur, souvent de bien plus petite taille, qui ne présente parfois aucun intérêt économique. Ainsi, si nous continuons à pêcher les grands poissons au rythme où nous le faisons aujourd’hui, alors l’Océan de demain sera rempli de petits poissons, de crabes et de méduses. Les écosystèmes en seront profondément bouleversés et les quantités de poissons que nous pourrons encore pêcher seront réduites à néant ou presque. C’est un scénario catastrophique qui aura des répercussions dans d’autres secteurs (disparition des récifs coralliens par ex, etc.) : une sorte de jeu de domino dont nous ne sommes pas capables de voir les contours et les limites tant les conséquences de la surpêche sur la chaîne alimentaire sont mal connues et rarement évaluées.

Quelles sont les mesures prises pour ne pas surexploiter un stock ?

Le problème c’est que les stocks sont exploités depuis longtemps et que les mesures prises le sont le plus souvent à  postériori, c’est à dire une fois que l’état de santé du stock devient préoccupant. Sur certains stocks (notamment de l’Atlantique Nord-Est, de la Mer du Nord, de la Baltique ou sur certaines espèces) est défini le Total Admissible de Capture (TAC), c’est à dire le prélèvement maximum que peut supporter un stock donné. A partir de là, on définit des quotas c’est à dire des quantités de poissons qui peuvent être pêchés par pays, par pêcherie, par bateau éventuellement. Dans des zones telles que la Mer méditerranée ou la Mer noire, la pêche est gérée en limitant l’effort de pêche sur la ressource. D’autres mesures sont prises comme la taille minimum de capture qui est normalement calculée en fonction de la taille de maturité sexuelle. Le principe recherché étant de permettre à tout poisson pêché de s’être reproduit au moins une fois. Malheureusement, tout comme pour les quotas, on distingue les tailles minimum dites « biologiques » qui répondent au critère précédemment énoncé et les tailles dites « politiques » qui ne prennent pas ou peu en compte l’avis scientifique pour satisfaire des intérêts économiques à  court terme. Néanmoins, il faut noter que de plus en plus de pêcheurs s’appliquent des règles de plus en plus contraignantes (des tailles de capture supérieures aux tailles règlementaires par ex.) pour préserver la ressource et du même coup leur activité à  court, moyen et long terme. La bonne valorisation permet aussi une meilleure gestion de la ressource : on pêche moins mais on pêche mieux, le produit est mieux conservé à  bord et son prix de vente augmente.

Comment sait-on que l’on pêche trop ?

L’halieutique est la science de la pêche, les halieutes en sont les spécialistes et ce sont eux qui, à travers de nombreuses mesures et observations, suivent l’état de santé de populations de poissons exploitées que l’on appelle des « stocks ». La diminution de la taille moyenne des poissons pêchés est un indice de surexploitation. La raréfaction de la ressource, autrement dit la diminution des quantités pêchées est un autre indice de surexploitation. Ce sont des indices, pas des preuves et c’est sur la base d’observations et de mesures sans cesse renouvelées et vérifiées que l’on peut conclure à la surexploitation d’un stock. La science se heurte néanmoins à de nombreux écueils : le manque de connaissance générale sur le milieu marin et le manque de moyens qui sont alloués aux équipes de recherche pour étudier un milieu particulièrement difficile. En outre, certaines espèces exploitées ne sont pas véritablement des « stocks ». C’est le cas en Méditerranée où la ressource est plus « mélangée » et sa gestion en est d’autant plus difficile.

Depuis quand pêchons-nous trop ?

Des épisodes de « surpêche » sont recensés depuis des siècles. Longtemps ils sont restés très localisés, autour de sites où les gens vivaient. Avec le développement des flottes et des techniques de conservation l’exploitation s’est petit à petit étendue puis « mondialisée » et ce d’autant plus vite qu’il fallait répondre à une augmentation très rapide de la demande en raison de la croissance démographique mondiale. Entre 1950 et les années 80, la production mondiale est passée de 40 millions de tonnes à environ 80 millions de tonnes de poissons. Depuis, cette « production » plafonne, et montre même de sérieux signes d’affaiblissement. Mais entre temps, de 1950 à aujourd’hui, la population mondiale est passée de 2.5 milliards d’individus à près de 7 milliards. Nous serons 9 milliards en 2050, mais la nature, elle, ne peut fournir que ce qu’elle produit, pas plus.

Une espèce de poisson telle que le cabillaud ou le thon rouge peut-elle complètement disparaître ?

La disparition totale d’une espèce de poisson telle que le cabillaud ou le thon rouge est possible mais très peu probable. Il restera toujours quelques milliers d’individus qui devraient arriver à maintenir l’espèce. Mais le conditionnel est de rigueur parce qu’une chose est sûre, c’est que des stocks gigantesques peuvent s’effondrer brutalement sous les coups de boutoir de la surexploitation. C’est le risque actuel sur le thon rouge dit de Méditerranée (Thunnus thynnus) et c’est ce qui s’est produit sur la morue (cabillaud) sur les Grands Bancs de Terre Neuve. Alors que dans les années 70, la pêche sur cette zone, qui avait démarré près d’un siècle auparavant avec les « terre neuvas », on pêchait jusqu’à 800 000 tonnes de morue, les stocks ont connu un effondrement brutal sans précédent au point qu’un moratoire fut instauré en 1992. Ce moratoire, qui interdisait toute pêche tant que le stock ne montrerait pas de sérieux signes de restauration, a mis des dizaines de milliers de personnes au chômage. 17 ans plus tard, aucune amélioration n’est observée. Pire encore, d’autres espèces que la morue, d’un intérêt économique quasi nul, auraient pris sa place. Ce cas tristement « célèbre » devrait servir de base et d’exemple à la gestion des pêches dans le monde mais force est de constater que, malgré cette expérience désastreuse, nous ne sommes pas à l’abri de l’effondrement de certains stocks majeurs.

Pourquoi y a-t-il moins de poisson dans la mer ?

Parce que le développement de la pêche s’est fait sans limite, avec la croyance que la mer était inépuisable. Contrairement aux termes souvent employés, la pêche n’est pas une production. C’est un « prélèvement » dépendant d’une ressource naturelle et d’un territoire. C’est parce que nous avons malheureusement ignoré ces évidences fondamentales que l’état général des ressources de pêche dans le monde est très préoccupant. On pêche trop, mal et depuis trop longtemps. En 50 ans les techniques de pêche ont considérablement évolué. Les bateaux sont plus puissants et les techniques de repérage sont de plus en plus performantes. Pour un poisson, il est devenu presque impossible d’échapper à  la pêche moderne. En résumé : la ressource halieutique est un capital qui produit chaque année des intérêts. L’enjeu est de protéger ce capital, de le reconstruire quand nécessaire pour pouvoir pêcher de façon durable en ne prélevant, à terme, plus que les intérêts.

La mer est-elle inépuisable ?

Non et les chiffres sont sans appel. Selon la FAO (SOFIA- 2008), 52% des stocks (des 200 espèces les plus commercialisées) sont pleinement exploités ce qui exclut toute intensification, 19% sont surexploités, 8% sont épuisés ce qui porte à 79% la proportion des stocks pour lesquels la limite d’exploitation a été atteinte ou dépassée. Seuls 20% des stocks sont aujourd’hui considérés comme ‘ modérément exploités ‘, un chiffre malheureusement en diminution constante (ils étaient 40% en 1974, 23 en 2005). Enfin, 1% est en voie de reconstitution.

Les critères grand public

Quatre critères principaux sont retenus, pour l’établissement des propositions de listes de produits de la pêche:

1. L’état de la ressource : les « espèces Mr.GoodFish » doivent provenir de stocks en bon état permettant leur exploitation pérenne et jugés comme tels par les spécialistes. En d’autres termes, ces stocks doivent faire l’objet d’un suivi par une ou des institutions scientifiques ou au minimum pouvoir faire l’objet d’un dire d’experts scientifiques compétents. En l’absence d’informations sur l’état de la ressource, les espèces ne peuvent être retenues et recommandées au titre de Mr.GoodFish.
Compte tenu du fait qu’une même espèce peut provenir de plusieurs stocks (origines) différents, c’est l’indication de la zone de pêche telle qu’elle figure sur la déclaration de pêche attachée au produit qui est déterminante. Cette précision est indispensable à la désignation possible « Mr.GoodFish ». Le port de débarquement reste une indication utile mais pas déterminante.

2. La taille : La taille minimum recommandée est la taille de première maturité sexuelle. Dans le cas d’une différence de taille de première maturité sexuelle entre mâles et femelles, c’est la plus grande des deux qui est retenue. Il est à noter que cette taille recommandée est souvent différente de la taille minimale de débarquement figurant dans les textes réglementaires.

3. La saison : Les listes d’espèces recommandées par Mr.Goodfish sont établies à chaque saison. Les saisons de recommandation sont celles qui se situent en dehors du ou des pics de reproduction de l’espèce.Les dates peuvent être ajustées d’une année sur l’autre lorsque les données scientifiques feront état d’un glissement du pic de reproduction.

4. Statut de l’espèce : Les documents de référence sont les derniers avis du CIEM sur les stocks, qui sont délivrés chaque année.

En conclusion : Une espèce ne peut figurer sur la proposition de liste saisonnière Mr.Goodfish que lorsque les quatre critères ci-dessus sont satisfaits.