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Etats des réserves de pêche
- Les ressources de la mer sont-elles illimitées ?
Non, et les chiffres sont incontestables. D’après la FAO (SOFIA, 2008), 52% des réserves (des 200 espèces les plus consommées) sont exploitées à leur maximum, ce qui ne leur laisse aucune possibilité d’expansion, 19% sont surexploitées et 8% sont épuisées. Ces chiffres signifient que le pourcentage des réserves pour qui la capture à l’état sauvage a atteint son maximum ou a été dépassée s’élève à 79%. Seules 20% des réserves sont considérées comme « modérément exploitées », bien que ce pourcentage ne fasse que diminuer, malheureusement. Il était de 40% en 1974 et de 23% in 2005. Enfin, un seul pour cent des réserves épuisées se remet de cette situation
- Pourquoi y a-t-il moins de poissons dans la mer ?
Croyant que les ressources de la mer étaient inépuisables, nous avons autorisé l’expansion sans limite de la pêche. Mais contrairement à la terminologie utilisée habituellement, la pêche n’est pas une forme de production, mais plutôt d’extraction d’une ressource naturelle dans une zone géographique donnée. Hélas, c’est parce que nous avons ignoré cette simple réalité que l’état des stocks de pêche constitue à présent une source de préoccupation. Nous avons pêché en trop grandes quantités sans égard pour la qualité et ce, pendant trop longtemps. En outre, au cours de 50 dernières années, les technologies de la pêche se sont améliorées de manière significative. Les bateaux de pêche sont plus gros et plus efficaces, et les techniques de localisation de plus en plus précises. Face aux technologies de modernes de pêche, le poisson n’a désormais plus aucun moyen de se cacher.
En résumé, les réserves de pêche sont comparables à un investissement qui, chaque année, produit des intérêts. Le défi consiste à protéger cet investissement et à le reconstituer lorsque cela s’avère nécessaire, de manière à ce que nous puissions pêcher de façon durable, c.-à-d., à long terme, en ne dépensant que les intérêts
- Une espèce telle que la morue ou le thon rouge pourrait-elle disparaître ?
L’extinction d’une espèce de poisson telle que la morue ou le thon rouge est possible mais très peu probable. Il restera toujours plusieurs milliers d’individus, ce qui devrait garantir la survie de l’espère. Il faut cependant demeurer prudent, car une chose est claire : même les réserves les plus importantes de poissons peuvent soudainement s’effondrer sous la pression de la surexploitation. Le poisson que nous connaissons sous le nom de thon rouge de Méditerranée (Thunnus thynnus) fait face à un tel risque aujourd’hui. Il est déjà arrivé, par le passé, que les réserves s’épuisent rapidement. Ce fut le cas de la morue, qui était autrefois pêchée au large des Grands Bancs de Terre-Neuve. Dans cette région, où la pêche avait commencé presque un siècle auparavant avec les « terre neuvas » (pêcheurs de Terre Neuve), jusqu’à 800.000 tonnes de morue ont été pêchées dans les années 1970. Les réserves ont été décimées, à une échelle sans précédent, ce qui a conduit à un moratoire total sur la pêche instauré en 1992 et maintenu jusqu’à réapprovisionnement significatif des stocks de poisson. Des dizaines de milliers de personnes ont perdu leur moyen de subsistance. Aujourd’hui, 17 ans plus tard, les stocks n’ont toujours pas recouvré leur état initial.
Pire encore, d’autres espèces de poisson, qui n’ont pratiquement aucune valeur économique, semblent s’être introduites dans la niche écologique laissée vacante par la morue. Ce triste destin devrait servir d’exemple à la gestion des stocks de poissons dans le monde entier. Il faut cependant avouer que, malgré cette très mauvaise leçon, qu’il est encore à présent impossible d’exclure la quasi-disparition d’un certain nombre d’autres espèces halieutiques majeures.
- Depuis combien de temps surexploitons-nous les réserves de pêche ?
Les exemples de « surpêche » sont décrits depuis des siècles. Pendant la majeure partie de cette période, ils demeuraient cantonnés à des zones où des populations humaines s’étaient installées. Mais avec l’émergence des flottes de pêche et des techniques de conservation, la pêche a commencé à croître pour devenir le secteur mondialisé qu’elle est aujourd’hui. Le rythme de son expansion a été accéléré par la demande croissante, dont le moteur est l’augmentation des niveaux de peuplement. De 1950 aux années 1980, la production de poisson à l’échelle mondiale a doublé, pour passer d’environ 40 millions à plus ou moins 80 millions de tonnes. Depuis, la « production » de poisson a atteint son maximum et a même donné des signes de fatigue. Cependant, sur la même période, de 1950 à nos jours, la population mondiale est passée d’environ 2,5 milliards à près de 7 milliards d’individus. Nous serons plus ou moins 9 milliards en 2050. Toutefois, la nature ne peut fournir que ce qu’elle produit naturellement, pas davantage.
- Comment sait-on que l’on pratique la surpêche ?
Les scientifiques spécialisés dans le domaine de la pêche et des sciences marines mènent des études pour surveiller avec soin l’état de santé des populations halieutiques exploitées à des fins commerciales, plus connues sous le nom de « réserves ». La diminution de la taille moyenne d’un poisson issu de tels groupes constitue un indicateur de surexploitation. Et l’épuisement des ressources, soit, en d’autres termes, des quantités pêchées moindres pour un même effort de pêche, en représente un autre. Bien sûr, il ne s’agit que d’indicateurs, pas de preuves indiscutables. Les scientifiques surveillent et vérifient de tels indicateurs en permanence. C’est donc sur la base de mesures régulières, vérifiées et revérifiées, qu’il est possible de conclure qu’un stock est soumis à une surexploitation.
Cependant, les sciences marines sont confrontées à un certain nombre de difficultés. Nous ignorons encore beaucoup sur l’écologie marine et les équipes de chercheurs ne bénéficient pas des ressources dont elles ont besoin pour mener leur recherche dans ce qui constitue un environnement difficile.
Un autre problème réside dans le fait que certaines des espèces qui sont pêchées ne font pas partie, à strictement parler, de « réserves ». C’est le cas en Méditerranée, où les espèces halieutiques sont plus « mélangées » et où la gestion des stocks est donc plus complexe.
- Que fait-on pour empêcher la surexploitation des stocks de poissons ?
Le problème, c’est que nous exploitons les réserves de pêche depuis longtemps et le plus souvent, les évaluations ne sont effectuées que lorsqu’il est devenu clair que la santé d’une réserve donnée est préoccupante.
Pour certaines réserves, notamment dans le nord-est de l’Atlantique, la Mer du Nord et la Baltique, et pour certaines espèces, une prise totale autorisée (TAC) a été fixée. Cette TAC est la prise maximale qu’une réserve donnée peut supporter. Cette limite détermine ensuite les quantités ou quotas de poisson pouvant être pêchés par pays, par entreprise de pêche ou, potentiellement, par bateau de pêche individuel. Dans des régions comme la Méditerranée ou la Mer Noire, la pêche est gérée en instaurant des limites aux quantités de poisson pouvant être pêchées.
D’autres mesures comprennent la taille minimum de capture, qui est généralement basée sur la taille d’un poisson arrivé à sa maturité sexuelle. L’objectif ici est de permettre à toute espèce de poisson de se reproduire au moins une fois. Malheureusement, de la même manière que les quotas, il y a à la fois des tailles minimum « biologiques » qui prennent en compte le critère de reproduction mentionné ci-dessus, et les tailles « politiques », qui se tiennent pratiquement pas compte de l’avis des scientifiques afin de pouvoir répondre à des objectifs économiques à court terme.
Cela dit, il est important de noter que de plus en plus de pêcheurs adoptent, de manière indépendante, des pratiques de plus en plus strictes (tailles de capture plus grandes que celles fixées par la réglementation, par exemple) afin de préserver les ressources marines et, en même temps, protéger leurs moyens de subsistance à court, moyen et long termes. Un marketing plus efficace des produits peut également aider à la gestion des ressources de pêche : on pêche moins, mais rien n’est gâché. Les soins apportés aux produits sont importants eux aussi. Les produits devraient être mieux préservés à bord pour qu’ils gardent leur fraîcheur et présentent une valeur accrue aux yeux des consommateurs.
- Trouvera-t-on toujours des poissons dans la mer ?
Oui, probablement. La question est de savoir lesquels, dans quelles quantités, et de quelles tailles. Si la surpêche se poursuit, les poissons ne pourront pas vivre assez longtemps pour se reproduire. Cette prédiction peut expliquer l’effondrement de certaines réserves halieutiques qui se produit aujourd’hui, mais le vrai danger réside sans doute dans le fait que la surexploitation déséquilibre les écosystèmes. La disparition de poissons prédateurs de grande taille ouvre une niche écologique à d’autres espèces. Les poissons chassés par le passé deviennent alors les nouveaux prédateurs, qui se mettent d’ailleurs à chasser les anciens prédateurs incapables d’atteindre leur taille adulte. De plus, la population des premiers prédateurs peut être décimée par le nouveau prédateur, souvent plus petit et parfois de valeur commerciale nulle.
Si la capture des poissons de grande taille se poursuit au rythme actuel, l’océan de demain sera habité par de petits poissons, crabes et méduses. Les écosystèmes marins seront profondément perturbés et les réserves de pêche exploitables seront décimées, voire totalement épuisées. Un tel scénario catastrophe pourrait avoir des répercussions sur d’autres écosystèmes marins (par exemple, la disparition des massifs coralliens). On observerait une sorte d’effet domino dont les contours et limites ne peuvent être prédits parce que les conséquences de la surexploitation sur la chaîne alimentaire sont si méconnues et rarement prises en compte.
- On pense que le krill existe dans des quantités incroyables. Pourquoi ne pas le pêcher ?
La valeur nutritionnelle du Krill fait l’objet de nombreux débats et ce n’est pas le principal problème. Pêcher le krill reviendrait à pêcher l’élément situé le plus bas dans la chaîne alimentaire de l’océan, élément dont dépendent tous les écosystèmes marins et pas uniquement les baleines, mais aussi les petits poissons (qui sont mangés par des poissons plus grands ou par des oiseaux, des otaries, des dauphins et, bien sûr, des humains). Nous mettrions en danger la totalité de la chaîne. Les projets de pêche du krill constituent donc une menace pour les principaux écosystèmes de l’océan et, en définitive, à notre propre source d’alimentation.
